Quand on parle de résidences dans les Lieux Intermédiaires et Indépendants, on parle en réalité d’autre chose que d’un simple dispositif de production. On parle d’hospitalité. Et c’est intéressant, parce que au sein du réseau ALiiCe, le diagnostic est très clair : l’accueil en résidence est le seul point commun à tous nos lieux. Mais derrière ce mot commun… il y a une très grande diversité de pratiques.

Ce qui fait commun : une hospitalité artistique située

Dans les LII du Centre-Val de Loire, accueillir en résidence, c’est rarement standardisé.
Mais on retrouve des fondamentaux très forts :

Mettre à disposition un espace de travail — c’est le socle commun absolu

Permettre du temps de recherche, souvent sans obligation de résultat

Créer des conditions de soin : logement, cuisine, présence humaine

Accompagner, même de manière informelle : technique, production, réseau

Et surtout : accueillir des personnes, pas seulement des projets

L’hospitalité est incarnée. Elle passe par des équipes souvent hybrides, bénévoles et salariées
Elle passe par des repas partagés, des discussions, une relation humaine forte, un accueil qui se fait souvent chez soi. Et ça, c’est une spécificité majeure : on n’est pas seulement des lieux de travail, on est des lieux de vie ! 

Des spécificités fortes liées à nos réalités

Mais cette hospitalité prend des formes très différentes selon les lieux :

Certains lieux financent des résidences (jusqu’à 1500–4000€)

D’autres proposent uniquement de la mise à disposition

Et certains font payer l’accueil, faute de financements

Donc une hospitalité qui peut aller du soutien fort à la création si les budgets le permettent… jusqu’à une logique de survie économique mais toujours dans une atmosphère « comme à la maison ».

Les approches artistiques sont tout aussi variées :

Certains lieux ont une direction artistique affirmée (appels à projets, comités)

D’autres sont dans une logique d’ouverture ou d’opportunité

Certains sont très liés au territoire, d’autres centrés sur une esthétique précise

Tandis que certains proposent à qui en a besoin.

Ce qui pose une vraie question : Sommes-nous des programmateurs ? des hébergeurs ? des accompagnateurs ?

Une tension permanente s’installe entre un idéal de la résidence (temps long, gratuité, rémunération, soutien global) et réalité des moyens (temps courts, multi-usage, peu de financements).

Les enjeux et contradictions

Aujourd’hui, plusieurs tensions structurent nos pratiques :

Le cadre légal : On sait que les artistes doivent être rémunérés et on soutient cette démarche évidemment… Mais dans les faits, les modèles sont bricolés, hybrides, parfois fragiles.

La reconnaissance : Les Lii jouent un rôle clé dans les parcours artistiques mais sont peu reconnus comme coproducteurs ou acteurs structurants.

Les politiques publiques : manque de moyens dédiés ni cadre clair pour les LII 

Ce qu’on défend collectivement

À travers nos échanges, un horizon commun se dessine. Une résidence idéale, ce serait :

du temps choisi

des conditions d’habiter dignes

une rémunération, un soutien financier

un accompagnement global (artistique, technique, production)

sans obligation de résultat imposée

Mais surtout : Une relation d’hospitalité non conditionnée par la rentabilité

Finalement, la question n’est peut-être pas seulement : comment on fait des résidences ? mais plutôt : qu’est-ce qu’on produit quand on accueille ?

Dans les LII, on ne produit pas seulement des œuvres. On produit des conditions de création, des relations, des trajectoires artistiques, et des liens avec les territoires. Et c’est sans doute là que se situe notre rôle politique : faire de l’hospitalité un acte culturel à part entière.

Photo : Studio – Le Chauffoir – Châteauroux