Dans des territoires ruraux où les distances s’allongent et les services se raréfient, les lieux culturels deviennent bien plus que des espaces de programmation ou de pratiques amateurs : ils sont des espaces de rencontre, d’expression, d’appartenance. Grâce au soutien d’AG2R La Mondiale, plusieurs lieux du réseau ALiICe ont déployé en 2025 des projets artistiques à destination d’habitant·es de tous âges — avec une attention particulière portée aux publics de plus de 55 ans.
Ces actions ont touché plus de 200 participant·es directs, de 6 à 90 ans, et rassemblé plus de 2 500 spectateur·ices lors des restitutions publiques. Au-delà des chiffres, elles ont surtout généré du lien, de la confiance et de la fierté collective.
Le théâtre comme espace de transformation personnelle
Au Carroi, au Théâtre de l’Escabeau et au Théâtre des Minuits, la pratique théâtrale a constitué un levier puissant d’émancipation. Au Carroi, 13 femmes — dont 10 de plus de 55 ans — ont participé à un atelier hebdomadaire de théâtre tout au long de l’année. Elles ont travaillé la prise de parole, l’écriture et l’expression corporelle, jusqu’à présenter une restitution publique en résidence autonomie et dans des festivals régionaux. Résultat : 241 spectateur·ices pour les différentes représentations.
Mais l’impact le plus fort est ailleurs :
- Plus de confiance en soi,
- Valorisation auprès de l’entourage,
- Nouvelles inscriptions à d’autres ateliers,
- Engagement bénévole.
Au Théâtre de l’Escabeau, les “laborantin·es” — 15 participant·es de 22 à 72 ans — ont suivi 32 ateliers et 4 restitutions publiques. L’intergénérationnel n’y est pas un projet, mais une nature.
Comme le dit Michèle, 79 ans : « Ces échauffements m’ont apporté beaucoup… faire sortir de soi la timidité, le manque de confiance… quel boulot ! »
Presque tous les participant·es se sont engagés au-delà du projet : aide à la vie du théâtre, participation au spectacle d’été, implication dans les rencontres amateurs.
Au Théâtre des Minuits, le projet intergénérationnel a réuni 117 participant·es de 6 à 87 ans autour de saynètes jouées sur l’espace public, devant près de 2 000 spectateur·ices. Créer ensemble, enfants et seniors confondus, permet de dépasser les timidités et de renverser les rôles :
« Je suis timide mais je fais confiance aux Minuits », confie Robbi, 56 ans.
Le cirque comme levier d’inclusion et de puissance collective
Avec le Cheptel Aleïkoum, le partenariat AG2R a soutenu un projet à la croisée de la pratique artistique, du médico-social et de l’intergénérationnel. Au total, 50 participants, dont 27 personnes de plus de 55 ans, et près de 400 spectateurs cumulés sur les restitutions. À l’APHP, l’effet a été particulièrement marquant. Les résidents parlent encore du projet des mois après la fin des ateliers. Le démontage du chapiteau a été vécu comme un moment émotionnel fort. Les professionnels soulignent un projet « fédérateur », qui a renforcé la cohésion d’équipe et mobilisé des participants parfois peu présents dans les activités habituelles.
Les artistes ont, eux aussi, élargi leur champ d’intervention, renforçant leur capacité d’adaptation face à des mobilités différentes et des appréhensions variées du mouvement.
À l’EHPAD, la restitution a suscité fierté et joie. Des enfants du centre de loisirs sont venus assister au spectacle, créant une rencontre rare entre générations.
Le cirque permet ici quelque chose d’essentiel : sortir de sa zone de confort en sécurité, travailler le corps et la mémoire, retrouver confiance, éprouver le plaisir du collectif.
Sylvie, 68 ans, adhérente des ateliers depuis trois ans, témoigne :
« Les ateliers cirque sont un grand moment de bonheur, de partage, et ça fait vraiment du bien au corps. […] Cela permet de sortir de notre zone de confort en toute sécurité, au rythme et niveau de chacun. Je suis ravie de participer et pour rien au monde ne veux rater l’atelier. »
Les équipes de l’APHP parlent d’un projet vécu comme une « leçon de vie », marqué par la spontanéité, l’humanité et la bienveillance. L’envie d’une suite est déjà là : ateliers réguliers adaptés pour une dizaine de résidents dès ce printemps, et pourquoi pas une déambulation artistique dans les communes du secteur.
Quand la culture entre dans les lieux de vie
À Villedieu-sur-Indre, La Pratique a choisi d’aller à la rencontre des résident·es d’une résidence autonomie rurale, souvent éloigné·es des équipements culturels. Tout au long de l’année 2025, 21 personnes d’environ 75 ans en moyenne ont participé à 12 ateliers : chant, danse, peinture intuitive, marionnette, théâtre-lecture. Le projet a dû s’adapter — mobilité réduite, fatigue, rotation des équipes — mais c’est justement cette capacité d’ajustement qui en fait la réussite. Les ateliers ont transformé la cohabitation en véritable rencontre. Les résident·es, parfois fragilisé·es, ont retrouvé une capacité d’expression et un plaisir partagé.
L’artiste intervenante témoigne : « Des souvenirs d’enfance exprimés… des chants sont apparus… moments partagés profonds et réjouissants. ».
Ici, l’impact se mesure dans les sourires à la fin des séances et dans les conversations qui continuent après.
La culture comme respiration collective
Au Luisant, la chorale a rassemblé 15 participant·es (tous·tes de plus de 55 ans, moyenne d’âge 60 ans) autour de 44 répétitions et 4 concerts intercommunaux. Le mot qui revient dans les témoignages est simple et fort : respiration.
« Un moment de rencontres, de rire, de travail… en un mot de RESPIRATION (au propre comme au figuré !!). »
Le projet a aussi créé des liens intercommunaux grâce au partenariat avec Varennes-Vauzelles et mobilisé des bénévoles au-delà du chant.
À Louhenrie, un stage de lecture à voix haute a réuni 12 stagiaires (9 de plus de 55 ans) et 35 spectateur·ices lors d’un week-end littéraire et musical en plein air. La convivialité — petit-déjeuner, pique-nique, échanges — a permis à des voisins qui se croisaient sans se parler de se rencontrer réellement.
Donner la parole aux territoires
Un autre projet porté par le Luisant a permis à 24 participant·es (17 à 90 ans) de réaliser un documentaire sur les Portes du Berry. Une vingtaine d’ateliers, 11 rencontres et plus d’une quinzaine d’interviews ont été menées, certaines personnes préférant l’audio à l’image.
Au-delà du film lui-même, l’enjeu était l’apprentissage (prise en main du matériel, montage pour des novices), la coopération et la transmission de mémoire locale. Ce type de projet permet à des habitants de devenir auteurs de leur propre récit territorial.
Ce que révèle l’ensemble des projets
Malgré la diversité des formes — théâtre, chant, documentaire, lecture, danse, peinture — plusieurs constantes apparaissent :
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- La participation des personnes, ce n’est pas les percevoir comme des bénéficiaires, mais comme des moteurs, ambassadeurs, acteurs bénévoles des projets.
- La culture est un outil de lutte contre l’isolement : Groupes WhatsApp, covoiturage, repas partagés, entraide logistique… les projets débordent du cadre artistique pour devenir des réseaux de solidarité informels.
- L’intergénérationnel comme levier d’émancipation : Quand enfants et seniors créent ensemble, les rôles sociaux se déplacent. Les adultes se libèrent, les enfants gagnent en reconnaissance, et le collectif se renforce.
- Des lieux comme derniers espaces de sociabilité : Dans des territoires ruraux où les cafés ferment, où les services publics se retirent, ces lieux culturels deviennent parfois le dernier endroit où l’on peut : se rencontrer régulièrement, prendre la parole, se sentir utile, appartenir à un collectif.
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Conclusion : un impact qui dépasse l’accès à la culture
Le soutien d’AG2R La Mondiale a permis non seulement la mise en œuvre d’ateliers artistiques, mais aussi la mobilisation de plus de 200 habitant·es en pratique directe, l’engagement bénévole renforcé dans plusieurs lieux, la création de dynamiques intergénérationnelles fortes, l’accès à la culture pour des publics fragilisés ou éloignés. Dans ces territoires ruraux, la culture n’est pas un supplément d’âme. Elle est un outil de cohésion, de santé sociale et de dignité.
Et parfois, comme le dit une bénévole, elle est simplement : une respiration.